30/09/06
- Saviez-vous - La mondialisation des industries d’armement
a créé des failles importantes dans toutes les règlementations
actuelles sur les armes, permettant des ventes à des responsables
d’atteintes aux droits humains ainsi qu’à des
pays sous embargo relatif aux armes, selon un nouveau rapport
de la campagne Contrôlez les armes.
Ce
rapport, Arms without Borders, est publié ce lundi 2 octobre,
au moment où les Nations unies ouvrent leur session annuelle
sur le contrôle des armes, avant un vote décisif
aux Nations unies pour commencer à élaborer un traité
sur le commerce des armes.
Ce
rapport révèle que des entreprises des États-Unis,
de l’Union européenne et du Canada figurent parmi
celles qui contournent les règlementations sur les armes
en vendant des pièces pour armes et en sous-traitant leur
fabrication à l’étranger. Le rapport montre
en détail comment des armes, y compris des hélicoptères
d’assaut et des véhicules lourds de combat, sont
assemblées à partir de pièces d’origine
étrangère et fabriquées sous licence dans
des pays comme la Chine, l’Égypte, l’Inde,
Israël et la Turquie. Le rapport expose comment ces armes,
ou d’autres similaires, sont arrivées dans des lieux
comme la Colombie, l’Ouzbékistan et le Soudan, où
elles auraient été utilisées pour tuer et
déplacer des civils. Cet état de fait souligne la
nécessité urgente d’élaborer des règles
mondiales pour contrôler une industrie de plus en plus mondialisée.
«Ce
rapport révèle une litanie de manquements et de
vies détruites. Les entreprises d’armement sont mondiales,
mais les règlementations ne le sont pas, ce qui aboutit
à l’armement de régimes violents. L’Europe
et l’Amérique du nord deviennent rapidement l’IKEA
des industries d’armement, fournissant des pièces
que les responsables d’atteintes aux droits humains peuvent
assembler chez eux, morale non comprise. Il est temps d’obtenir
un traité sur le commerce des armes», a déclaré
Jeremy Hobbs, directeur d’Oxfam International.
Ce
rapport met en lumière deux grandes failles qui permettent
aux entreprises d’armement de contourner légalement
les règlementations sur les armes, y compris les embargos.
Pas
de vente assemblée, mais en pièces individuelles
L’Union
européenne impose un embargo sur les armes à destination
de la Chine ; les États-Unis et le Canada refusent de vendre
des hélicoptères à la Chine ; pourtant, le
nouvel hélicoptère d’assaut chinois Z-10 ne
volerait pas sans les pièces et la technologie d’une
entreprise italo-britannique (AugustaWestland), d’une entreprise
canadienne (Pratt & Whitney Canada), d’une entreprise
des États-Unis (Lord Corporation) et d’une entreprise
franco-allemande (Eurocopter). La Chine a déjà vendu
des hélicoptères d’assaut à divers
pays dont le Soudan, qui, en ce qui concerne les armes, est sous
embargo total de l’Union européenne et sous embargo
partiel des Nations unies.
L’hélicoptère
Apache, utilisé par Israël lors de la récente
crise libanaise, est constitué de plus de 6000 pièces
fabriquées dans le monde entier, notamment au Royaume-Uni,
aux Pays-Bas et en Irlande. Aux termes du Code de conduite de
l’Union européenne, ces pays doivent refuser d’exporter
des hélicoptères d’assaut directement en Israël.
Pas
de vente d’ici, mais d’ailleurs
En
mai 2005, les forces de sécurité d’Ouzbékistan
ont tiré sur des manifestants, tuant des centaines de personnes.
Au cours du massacre, l’armée ouzbèke a utilisé
des Land Rover militarisées ; ces véhicules sont
composés à 70 p. cent de pièces britanniques.
Les pièces des Land Rover ont été envoyées
«en kit» vers la Turquie, où elles ont été
assemblées pour monter des véhicules militaires.
Ces véhicules ont ensuite été livrés
au gouvernement ouzbek. Le gouvernement du Royaume-Uni n’a
aucun contrôle sur ce contrat, parce que les véhicules
n’ont pas été assemblés et militarisés
au Royaume-Uni.
«Les
fabricants d’armes de l’Union européenne ne
sont pas obligés de sacrifier leurs profits pour leurs
principes : il leur suffit de sous-traiter», a déclaré
Rebecca Peters, directrice du RAIAL. «Par exemple, la société
autrichienne de fabrications d’armes à feu Glock
essaye d’établir une usine au Brésil. Si cela
fonctionne, Glock pourra contourner le Code de conduite de l’Union
européenne sur les exportations d’armes, en expédiant
ses produits depuis son usine brésilienne.»
Le
rapport montre également que la technologie révolutionnant
l’industrie de l’armement est souvent la même
que celle à usage domestique, et qu’elle est souvent
dénuée de réglementation. Par exemple les
processeurs à signal digital utilisés dans les derniers
lecteurs de DVD se trouvent également dans les systèmes
d’acquisition de cible des missiles d’avions de chasse
; pourtant, lorsque cette technologie est vendue pour être
utilisée dans des avions militaires, elle est dénuée
de réglementation.
«Les
textes de loi relatifs au commerce des armes sont tellement obsolètes
que la vente de casques militaires est souvent plus contrôlée
que celle de pièces assemblées pour fabriquer des
armes mortelles. Le monde a donc besoin d’un traité
international et efficace sur le commerce des armes, qui arrêtera
le flux des armes vers les responsables d’atteintes aux
droits humains», a déclaré Irene Khan, secrétaire
générale d’Amnesty International.
Faits
et chiffres :
À
la fin de cette année, les dépenses militaires auront
atteint la somme sans précédent de 1058,9 milliards
de dollars des États-Unis, soit environ quinze fois le
montant de l’aide internationale. En dollars constants,
ce niveau est plus élevé que le record de 1034 milliards,
atteint en 1987-88, pendant la guerre froide.
En
2005, les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France
et l’Allemagne réalisaient à eux cinq environ
82 p. cent de tous les transferts d’armes. L’Afrique
du sud, le Brésil, la Corée du sud, l’Inde,
Israël et Singapour possèdent tous des entreprises
d’armement figurant dans le top 100 mondial.
Pour
obtenir de plus amples informations :
Oxfam
International : Clare Rudebeck au : +44 (0) 1865 47 2530 ou +44
(0) 7769 887 139.
Amnesty International : Nicola East au : +44 (0) 207 413 5729
RAIAL : Alun Howard au : +44 (0) 7900 242 869
Source
:
[1] http://www.amnesty.fr/index.php/amnesty/s_informer/communiques_de_presse