par
CGPLUS
11/09/07
- Le
candidat de l'union européenne à la tête
du Fonds Monétaire International(FMI), le «
socialiste » Dominique Strauss Kahn, s'apprête
à devenir le futur patron.
Au
moment où le débat s'enfle sur une nécessaire
réforme de cette institution pour prendre en
considération les desideratas des économies
émergentes, il semble opportun de revenir sur
les relations tumultueuses entre l'Afrique et la dite
institution. A tort ou à raison, les institutions
internationales n'ont jamais eu une bonne presse dans
un continent où à vrai dire toutes les
interventions du FMI ont précipité dans
l'abîme des économies déjà
fragiles.
Nous
présenterons primo, un bref historique de cette
institution, secundo les conséquences de ses
interventions en Afrique et tertio, le comportement
à adopter par les pays africains.
La
création du FMI et ses bases théoriques
floues
Depuis
1914, l'étalon-or d'avant guerre n'a cessé
de susciter bien des envies. Tant dans la période
de l'entre-deux-guerres que dans la période d'après-guerre,
on a assisté à un effort concerté
au niveau international pour rétablir des systèmes
de taux de change fixes, qui apparaissaient souhaitables
au vu de l'expérience de l'étalon-or[1].
Cependant,
si l'époque de l'étalon-or avant 1914
a constitué l'exemple de santé monétaire
internationale, la période de l'entre-deux-guerres
est apparue comme une période de fortes turbulences.
Les balances de paiements et les taux de change ont
connu des mouvements chaotiques à la suite de
deux grands chocs, la première Guerre mondiale
(1919-1923) et la Grande crise (1931-1934).
Après
la première guerre mondiale, les pays européens
faisaient face à une avalanche d'inflation et
d'instabilité politique. Leurs monnaies étaient
devenues inconvertibles pendant la guerre, vu que leurs
taux d'inflation étaient très élevés
que celui des Etats-Unis, le nouveau patron au niveau
financier. En France, les différents gouvernements
se montrèrent incapables de réduire les
dépenses publiques ou d'augmenter les impôts
pour diminuer les déficits budgétaires,
qui durent être financés par des émissions
de nouvelle monnaie. L'Italie connaissait une situation
similaire. Quant à Allemagne, la masse monétaire,
les prix et le coût des devises furent tous multipliés
par plus d'un trillion entre 1922 et 1923. Le 19 septembre
1931, la Grande Bretagne abandonna l'étalon-or,
laissant varier librement la livre sterling. La gravité
de la situation a conduit les chefs de file monétaires
des puissances alliées à réfléchir
sur un meilleur système.
C'est
ainsi que la conférence de Bretton Woods, dans
le New Hampshire a eu lieu, en juillet 1944, une conférence
monétaire et financière des Nations Unies
réunissant, les représentants des 44 nations
signataires de la charte de l'ONU. Des deux plans en
présence, celui de John Maynard Keynes et d'Harry
Dexter White, c'est celui du dernier cité qui
sera remanié et retenu. Les principales dispositions
de l'accord portent sur les points suivants :
-
chaque pays devra progressivement assurer la convertibilité
de sa monnaie avec le dollar et les autres monnaies
;
-
le dollar est rattaché à l'or au taux
fixe de 35 dollars l'once d'or. Le lien avec l'or est
donc conservé, mais de façon indirecte
pour la plupart des monnaies ;
-
les taux de change doivent être fixes. La quantité
de monnaie échangée contre une unité
de monnaie étrangère ne doit pas varier
dans le temps de façon significative. Les pays
disposent d'une marge de fluctuation de 1%, c'est-à-dire
que les banques centrales doivent intervenir pour maintenir
la parité de leur monnaie lorsque celle-ci monte
ou descend de plus de 1% par rapport au dollar. La dévaluation,
constat d'échec dans le maintien de parités
stables, ne doit être qu'exceptionnelle.
Si
le déséquilibre est temporaire (déséquilibre
conjoncturel), les pays peuvent demander à bénéficier
de crédits particuliers, les moyens de paiement
internationaux mis à leur disposition permettant
de financer les déficits extérieurs. Les
pays peuvent de même utiliser les Droits de Tirages
Spéciaux (DTS), crées par le FMI. Ces
DTS représentent un droit, calculé au
prorata de la quote-part[2], de recevoir des liquidités
internationales dont une faible partie seulement devra
être remboursée.
Si
les deux plans souhaitaient que le monde se dote d'une
nouvelle banque centrale, capable d'allouer aux pays
déficitaires des réserves pour surmonter
leur déséquilibre temporaire, celui de
White, proposait en outre que des pressions internationales
soient exercées sur les gouvernements nationaux
afin qu'ils changent leur politique macroéconomique
de façon à servir l'objet d'un équilibre
dans les paiements internationaux. Aujourd'hui le FMI
compte plus de 150 pays.
Des
bases théoriques floues à l'épreuve
du temps
Le
système de Bretton Woods a vraiment fonctionné
à partir du retour à la convertibilité
des monnaies européennes en 1958. Mais avec le
taux d'inflation de l'économie américaine,
la confiance dans le dollar s'en trouve affectée
à tel point que les marchés de changes
ont connu à la fin des années 60 d'énormes
mouvements de fluctuation du dollar. Dans l'impossibilité
de stopper ces fluctuations, les Etats Unis durent mettre
fin à la convertibilité du dollar en or,
le 15 Août 1971. La marge de fluctuation passe
de 1% à 2,25%. En 1973, les banques centrales
européennes refusent de continuer à soutenir
le dollar et renoncent désormais à être
rattachées au dollar.
Ce
fut la fin du système de changes fixes organisé
autour de l'étalon-dollar et l'avènement
du flottement généralisé des monnaies[3].
L'échec du système de Bretton Woods présageait
celui du FMI. Dans un discours prononcé le 13
juillet 1982, Jacques Larosière (ancien directeur
du FMI) précisait que le FMI « est une
institution monétaire contribuant à l'ajustement
économique dans ses pays membres et dans le monde
entier »[4]. Ceci revient à dire que lorsqu'un
pays connaît un grave déficit de sa balance
des paiements[5],
mettant en cause sa monnaie, il peut faire appel au
FMI afin que ce dernier lui accorde les moyens financiers
nécessaires au rétablissement de sa situation
extérieure. Cependant au niveau théorique,
le FMI s'est éternisé à croire
que le déséquilibre des taux de change
venait que du compte des transactions courantes. Or
les spécialistes des questions de changes s'accordent
à reconnaître que les fondamentaux du taux
de change n'expliquent pas parfois les fluctuations
de ces derniers. Aujourd'hui, il convient de prendre
en compte le bas de la balance des paiements (le compte
capital et le compte financier) plutôt que le
haut(le compte de transactions courantes). Les crises
financières (le Mexique au début de 1995,
l'Asie en 1997, la Russie en 1998 et le Brésil
en 1998) ont fini par convaincre de l'inaptitude du
FMI à jouer son rôle de gardien du système
monétaire international.
Le
FMI et l'Afrique
La
crise de la dette a promu le FMI au rôle de tuteur
des politiques économiques des pays en développement
et de médiateurs entre créanciers et débiteurs.
Le mariage entre l'Afrique et le FMI a commencé
avec les programmes de rééchelonnement
de la dette couplé à des programmes de
réduction de l'absorption d'inspiration monétariste
dans les années 83. Cette politique a échoué
car les rééchelonnements n'ont pas restauré
la capacité de remboursement et d'emprunt des
pays. Les banques ont refusé de prêter
autrement que dans des plans concertés avec la
caution du FMI. Même avec les plans Baker et Brandy,
le FMI devait être une caution privilégiée
des pays en développement et surtout africains.
C'est ainsi que les pays développés avec
la complicité des institutions internationales
comme le FMI se sont accaparés de manière
scientifique et organisée du système économique
africain.
Les
grandes entreprises étatiques porteuses d'espoir
ont été cédées aux multinationales
occidentales parfois à un franc symbolique. En
même temps, des rapports officiels de l'OMS, du
FMI et de la banque mondiale inquiètent. Sur
une population de 940 millions d'habitants, le revenu
moyen annuel est de 600 dollars. 350 millions d'habitants
en Afrique subsaharienne vivent avec moins d'un dollar
par jour. Ces rapports disent que la faim tue deux fois
plus que le sida et la tuberculose ; selon l'OMS, dans
le « classement global du système de santé
» sur une échelle de 1 à 191, tous
les pays africains se situent dans le bas du tableau
: Tchad 178, Angola 187, Nigeria 187, République
démocratique du Congo 188, Sierra Leone 191...
Ces
pays sont pourtant des pays dont le sous sol est riche.
L'Afrique est le continent le plus touché par
le travail des enfants : 41% des enfants de 5 à
14 ans, soit 80 millions d'enfants. Pour l'OIT, ce nombre
va croître pour s'établir à 100
millions en 2015. En 2004, l'Afrique a connu 46 conflits
armés, soit 52% au niveau mondial. L'espérance
de vie moyenne est passée 49 ans à 45
ans entre 1980 et 2006[6]. Devant ce drame gigantesque
et rocambolesque qui frappe l'Afrique, une question
revient sans cesse sur les lèvres : qui est responsable
? C'est vrai que l'incompétence, le manque de
stratégie et de vision de certains dirigeants
africains sans oublier la corruption de l'élite
africaine expliquent en partie la disette de l'Afrique.
Mais le véritable goulot d'étranglement
demeure la dette galopante injuste qui prive les Etats
de ressources financières, les privatisations
tous azimuts et le pillage systématiques des
ressources naturelles de l'Afrique.
Pour que la dette étrangle l'Afrique et retarde
son développement, les pays occidentaux ont cherché
à contrôler notre système de production
afin de piller les ressources de l'Afrique. C'est ainsi
que le FMI, par le truchement de ses programmes d'Ajustement
Structurel (PAS) a obligé les pays africains
à privatiser les grandes entreprises africaines.
Selon l'ONU, les trois quarts des prêts et des
crédits n'étaient accordés qu'à
condition de privatiser...Entre 1990 et 2000, plus de
3000 entreprises sont passées du secteur public
au secteur privé, soit une moyenne de six privatisations
par an et par pays. Pour la période de 1990 à
1995, le nombre d'entreprises publiques est passé
en Afrique subsaharienne de 6069 à 4058, soit
une chute de 33%. En Guinée par exemple, seuls
600 emplois sur 4000 ont été préservés.
Même
en Afrique du Sud, plus d'un million d'emplois ont disparu
en dix ans. Depuis 2005, le FMI exige encore la privatisation
des entreprises restantes, des banques et des assurances,
s'opposant même parfois à l'utilisation
des recettes pétrolières versées
au Fonds de régulation des recettes (FRR). Le
FMI s'oppose aussi à l'augmentation des salaires
et à la reconstruction par les investissements
publics.
En
vérité, toute cette gesticulation mediatico-scientifique
vise à maintenir encore une fois l'Afrique dans
l'indigence, dans la colonisation. Avec l'aide du FMI,
à travers ses privatisations, depuis l'extraction
de la première goutte de pétrole, les
compagnies anglo-américaines, françaises
et Malaisiennes ont empoché 653 milliards de
dollars laissant aux Tchadiens que 62 millions de dollars.
Le Nigeria qui est deuxième producteur de pétrole
en Afrique, avec des réserves de 2500 millions
de barils enregistre 80% de sa population avec moins
d'un dollar par jour. La Côte d'Ivoire illustre
bien la confrontation des intérêts entre
des multinationales comme Bolloré, Bouygues et
la volonté du pays à contrôler son
système de production. Pourquoi Areva pille l'Uranium
du Niger. Pourquoi, le Guinéen ne mange pas à
sa faim alors même que son sous-sol est honteusement
exploité.
L'alibi
de la bonne gouvernance
Pour
contrôler donc le système de production
des pays en développement et surtout africains,
le FMI utilise ses fameuses conditionnalités.
Les publications du FMI la définissent en ces
termes : « la conditionnalité se rapporte
à l'obligation, imposée par le Fonds aux
pays membres qui désirent recourir à ses
ressources, d'adopter des politiques d'ajustement économique
(...). Le lien entre le financement et l'ajustement
est au centre de la conditionnalité ».
En clair, « la conditionnalité vise à
assurer que les mesures prises par le pays membre conduisent,
dans des délais raisonnables, à une balance
des paiements viable et à une croissance économique
soutenable ». Même la conclusion d'un accord
de prêts privés nécessite l'aval
du FMI ; en effet « l'existence d'un accord de
confirmation avec le Fonds est souvent posée
comme condition à la conclusion d'accords de
prêts privés avec des pays membres du Fonds
(...).
Les
prêteurs privés s'appuient sur les accords
de confirmation, parce qu'ils considèrent la
conditionnalité du Fonds comme la garantie que
le pays membre a élaboré un programme
jugé suffisamment satisfaisant par le Fonds pour
justifier l'appui du programme au moyen des ressources
du Fonds ». Derrière cette fable économique
se cache une volonté manifeste du FMI de contrôler
les économies africaines au profit des pays industrialisés
et leurs multinationales. Les conditionnalités
ne sont ni plus ni moins la prise en main de la politique
économique d'un pays par les pseudos experts
du FMI, remettant ainsi en cause l'indépendance
et la souveraineté de ce pays. De plus en plus,
les conditionnalités ont pris la forme de bonne
gouvernance. Pour le FMI, « le cœur d'une
bonne gouvernance » s'appelle « le libre
accès au marché ». Pour Daniel Kaufman,
directeur de la gouvernance mondiale à l'institut
de la banque mondiale, « les pays qui entreprennent
des reformes constatent que la bonne gouvernance est
reconnue par les investisseurs étrangers, les
bailleurs de fonds, les responsables gouvernementaux
et le grand public comme primordiale ». La difficulté
des institutions internationales à définir
clairement le terme de bonne gouvernance montre bien
leur volonté d'user de l'émotion et de
jolis mots pour avoir l'adhésion des populations
à leur supercherie.
Pour s'en convaincre, il suffit de comprendre l'aveu
de Michel Camdessus qui déclarait que le FMI
a toujours visé à pousser les pays «
à entreprendre des réformes clés
concernant le commerce, le marché du travail
et d'autres réformes des marchés ».
La bonne gouvernance, selon nous, est la volonté
d'assurer la participation plus large de tous les citoyens
et des organisations, bref des forces vives d'un pays
à la conception et à l'application des
politiques. La bonne gouvernance, c'est refuser que
la richesse d'un pays se concentre entre les mains de
quelques individus, laissant les masses populaires dans
la paupérisation.
Ce
que les pays africains doivent faire
Aujourd'hui,
de l'aveu même du FMI et de la Banque mondiale,
les thérapies prescrites aux pays en développement
ont étés un désastre sur le plan
économique et social. Les PAS ont renvoyé
les pays africains à l'époque de la colonisation,
voire même de l'esclavage puisqu'ils se battent
pour rembourser indéfiniment des dettes. Si l'africain
n'arrive pas à se soigner correctement, c'est
parce qu'on a licencié les médecins, les
infirmiers et privé les Etats d'investir dans
le public. C'est aussi le cas dans le secteur de l'éducation
et de la recherche. Sans honte, les institutions internationales
annoncent « un plan de lutte contre la pauvreté
» dans le cadre des objectifs du Millénaire
(réduction de 50% de la pauvreté pour
l'Afrique d'ici à 2015). Dans cette optique,
pour réduire la dette des pays, le FMI met en
place un mécanisme assorti des mêmes conditionnalités
que les PAS.
Si le FMI ne parle plus de PAS, mais de Documents Stratégiques
pour la Réduction de la Pauvreté (DSRP),
le contenu demeure le même. Parfois aussi, on
nous rabâche les oreilles que la bonne gouvernance
est la solution au décollage de l'Afrique. L'Afrique
n'a pas de leçon à recevoir des experts
du FMI ou d'une quelconque institution internationale.
Le
cas Paul Wolfowitz (ancien directeur de la banque mondiale),
coupable de népotisme et de favoritisme n'a t-il
pas convaincu plus d'un sur la manque de rigueur de
ces institutions internationales ? Le moment est venu
pour que les pays africains prennent en main leur destinée.
Pour éviter les interventions meurtrières
des institutions internationales comme le FMI, les pays
africains doivent de moins en moins s'endetter, gérer
au mieux les ressources financières tirées
de l'exploitation des richesses naturelles. Dans le
cas de la zone franc CFA, c'est le lieu de réfléchir
sur un régime de change capable d'empêcher
le déficit des balances de paiements, au regard
des chocs subis. Les pays en développement et
ceux de l'Afrique en particulier doivent approfondir
l'idée du président Chavez au sujet d'une
Banque du Sud. D'ailleurs, la nouvelle architecture
financière internationale (NAFI), définie
en juin 1999 sous l'égide du G7 et mise en œuvre,
depuis, par le FMI, en réponse aux crises systémiques
des années 1990, n'a pas clos le débat
sur la raison d'être du FMI.
A
la lumière des torts que subissent les pays africains,
on se demande ce qu'ils font en étant membre
de ce « Fonds de Misère Instantanée
» car comme le rappelait Joseph TCHOUDJANG POUEMI
« le FMI devient une institution inopérante,
presque formelle. Ses décisions sont adoptées
par les grands pays avec une totale inattention à
l'égard des pays du tiers monde. Les débats
du comité intérimaire sont entièrement
des matières de protocole, sans signification
aucune »[7]. Les pays africains doivent refuser
d'exécuter les politiques économiques
dévastatrices prescrites par le FMI car cette
institution est devenue un instrument de torture et
de désordre économique.
Dieu
bénisse l'Afrique !
Prao
Yao Séraphin[8]
Président
du MLAN
www.mlan.fr
contact@mlan.fr
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