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12/04/07
- "Je
n'aime pas cet aspect de l'immigration où les gens restent
parfois pour une question de confort et pas pour une question
de passion."
Monica Freire, c'est toute la chaleur du sable et du soleil du
Sud, livrée par une voix suave et empreinte d'une force
nordique. Entretien.
La rumeur s'est
répandue comme une traînée de poudre... Était-ce
la première partie du spectacle d'Ariane Moffatt qu'elle
assumait avec aisance l'automne dernier à la Maison de
la culture de Gatineau? Était-ce le choix de Radio-Canada
de la faire Sacré Talent 2006, son passage à Belle
et Bum, son Félix Album de musique du monde, sa nomination
aux JUNO? Ou simplement que son dernier album Bahiatronica (2005)
avait conquis les oreilles outaouaises? Peu importe la réponse,
une chose est certaine: Monica Freire est attendue dans la région,
puisqu'on affiche complet à La Basoche du Centre culturel
du Vieux-Aylmer, en plus d'avoir ajouté une supplémentaire.
Et comment ne pas
s'enivrer de cette musique qui mêle les rythmes bossa aux
grooves électro que propose cette Brésilienne d'origine?
Son album Bahiatronica a effectivement remporté un succès
considérable autant auprès de la critique que du
public, avec ses pièces originales chantées en portugais
ainsi que les reprises de Ma Petite Guerrière de Pierre
Flynn et des Eaux de mars de Moustaki (en duo avec Ariane Moffatt).
"Je pense que Bahiatronica a fermé un cycle dans ma
vie. Il a pu faire les liens entre ce que j'avais commencé
au Japon et ce que j'ai entamé ici de façon un peu
plus pertinente", relate d'entrée de jeu Monica, de
son joli accent.
C'est qu'elle en
aura fait du chemin, cette intrépide guitariste à
la voix de soie! Quittant son Bahia natal pour les Antilles à
18 ans, elle s'envole ensuite pour la France, où elle résidera
deux ans. C'est en 1993 qu'elle s'installera finalement à
Montréal pour partager son temps avec le Japon, puisqu'elle
y lancera deux albums en 1996 et 1997, en plus d'y effectuer d'importantes
tournées. Une période marquante dont elle se plaît
à relater quelques anecdotes lors de ses spectacles. "Le
Japon est probablement l'endroit le plus opposé à
ma personnalité. Je suis assez extravertie, j'aime parler,
être avec les gens, j'aime regarder, sourire, toucher. Ça
a donc été une école pour moi. J'adorais
me promener au parc à 5 h du matin et voir les personnes
marcher dans leur petite bulle, vraiment en paix, en harmonie
avec eux-mêmes... Ça m'a éveillé l'envie
d'être un peu plus zen dans ma vie personnelle. J'ai tendance
à être plus rebelle, un peu plus tumultueuse... Mais
il y a des moments où j'aime m'arrêter pour avoir
un regard plus paisible sur la vie..." note-t-elle.
ENTRE LES
DEUX, SON COEUR BALANCE
Aujourd'hui, c'est
plutôt entre le nord et le sud de l'Amérique que
son coeur balance... "On m'a déjà dit qu'une
fois que tu émigres, tu n'es plus jamais complètement
équilibré. C'est vrai en quelque part, parce que
quand je suis au Brésil, il y a beaucoup de choses d'ici
qui me manquent, et quand je suis ici, il y a beaucoup de choses
de là-bas qui me manquent. Mais avec le temps, on apprend
à le combler autrement. Je n'ai pas la nostalgie du Brésil,
mais c'est sûr que ma famille, c'est un gros morceau qui
manque; les gens qui t'aiment et qui t'ont vue grandir. J'y retourne
toujours une fois ou deux par année."
Un ressourcement
qui lui permet aussi de faire le plein musicalement puisque ses
racines y sont encore bien enfoncées. "C'est tout
à fait normal que les gens voient un exotisme ou un goût
du voyage dans ma musique. S'ils comprenaient les paroles, ça
me donnerait un autre atout, soit de pouvoir être dans une
symbiose plus immédiate avec eux. Je donne beaucoup d'importance
aux mots, mais je pense que la musique peut être transparente
aussi; chacun peut traduire la chanson comme il le ressent",
constate l'artiste engagé socialement qui a grandi avec
les chansons de Gilberto Gil et Caetano Veloso. "Cela m'a
montré dans quelle mesure la chanson peut être un
véhicule. Il y a toute une beauté et une lumière
incroyable dans la poésie et dans l'écriture brésiliennes
qui transcende tout ce qui est politique. [...] Mon engagement
me vient peut-être aussi de ma mère, qui travaillait
socialement dans plusieurs communautés moins privilégiées.
On n'était pas dans une famille où tout était
facile non plus, alors j'ai grandi avec les volontés de
remettre en question et de révolutionner certaines choses
qui n'étaient pas à la bonne place."
JE VOUDRAIS
VOIR LA MER
Et s'il y a un
élément qui lui manque viscéralement de sa
terre d'origine, c'est la mer qu'elle se plaît à
chanter. "Ça peut paraître comme un élément
superficiel pour certains, mais quand tu grandis auprès
de la mer, c'est presque un mode de vie qui t'entoure. Tu ne regardes
pas les choses de la même façon, je crois. Il y a
quelque chose d'assez particulier qui m'habite", constate-t-elle.
Elle dit toutefois s'être adaptée plus que jamais
au Québec ces dernières années: "Plus
je fais du ski, plus je deviens une mordue de la neige!"
sourit-elle avant d'ajouter plus sérieusement: "Je
reste parce que j'aime vraiment ça, sinon je serais repartie
il y a longtemps. Je n'aime pas cet aspect de l'immigration où
les gens restent parfois pour une question de confort et pas pour
une question de passion. Moi, je me sens trop passionnée
par la vie pour que le confort prime."
Bien que son coeur
ait un penchant pour le voyage, Monica essaie dorénavant
de garder les pieds bien à terre, dans son combat à
essayer de vivre le moment présent, elle qui a tendance
à vivre un pas en avant. C'est dans cette optique qu'elle
termine bellement sa tournée "en trio" en ce
mois d'avril, après quoi elle se retirera pour un moment
de gestation qui mènera à un prochain album. La
musicienne travaillera à nouveau avec son complice de toujours,
le bassiste et compositeur Dan Gigon, et avec les mêmes
réalisateurs québécois - Guy Dubuc et Marc
Lessard. Elle a de plus réussi à décrocher
la collaboration d'un réalisateur très prisé
au Brésil - là où elle enregistrera une autre
partie de l'album -, dont elle se garde bien de révéler
le nom. "Avec Bahiatronica, on a réussi à vraiment
établir les mosaïques, et j'ai vraiment envie d'aller
plus profondément dans ça et de retirer les couleurs
prédominantes voulues, illustre-t-elle. Alors je suis contente
que ce soit un processus qui va commencer bientôt."
Mélissa
Proulx
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