06/03/07
- Une école de mannequins
installée dans la favela Cité de Dieu, l'une des
plus violentes de Rio, aide les jeunes à rechercher une
meilleure qualité de vie à travers la mode.
Elle leur permet
aussi de relever l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes.
«Nous travaillons
le luxe dans un décor pourri», déclare Tony
Barros, 40 ans, le photographe à l'initiative du projet
«Lente dos sonhos» (»l'objectif des rêves»),
qui a déjà conduit plusieurs jeunes de la favela
- filles et garçons - à défiler sur un podium.
«Mon intention
de départ était de mettre en évidence le
contraste entre la beauté des filles et la dégradation
des lieux». Cet ancien éducateur des rues a commencé
à travailler comme photographe pour le site internet de
la principale organisation non gouvernementale de lutte contre
la violence, Viva Rio.
Partenariats
Originaire de la
Cité de Dieu, une favela déjà rendue célèbre
par le film homonyme de Walter Salles, Tony a commencé
en 2002 à photographier des jeunes filles de cette communauté
de la zone ouest de Rio où sont recensées officiellement
45 000 personnes mais qui selon lui en compte près de 120
000.
Cinq ans après,
son école repose encore sur le bénévolat
mais sert de pont entre la communauté et le marché
de la mode et elle commence à porter ses fruits. Des partenariats
au Brésil et à l'étranger se dessinent.
«Au début,
nous ne voulions pas que Tony nous photographie dans la communauté»,
dit Gisèle Guimaraes, 22 ans, une jolie métisse
de 1m78 et 50 kilos, embauchée comme mannequin par la filiale
brésilienne de l'agence Elite il y a un an.
Entourées
d'ordures
«Mais il
a fini par nous convaincre, Ludmilla et moi, de poser au milieu
des ordures, sous les dizaines de fils électriques emmêlés
ou près de l'égoût à ciel ouvert. Les
photos ont eu un grand succès», ajoute-t-elle avec
un large sourire.
Tony se rappelle
fièrement que ces photos furent les premières sur
la Cidade de Deus à faire la Une d'un journal pour autre
chose que la violence. Même si dans un premier temps, il
s'est attiré la méfiance de l'organisation criminelle
qui contrôle la favela, le Commando Rouge.
«Sans Lente
dos sonhos, j'aurais pu devenir la femme d'un trafiquant de drogue,
tomber enceinte ou devenir prostituée», souligne
Gisèle. Tous les samedis, la jeune femme donne un cours
de maintien dans le petit gymnase du bidonville à une vingtaine
de fillettes pour qui elle incarne «l'exemple à suivre».
Apprendre à
s'aimer
«Les cours
sont ouverts à tout le monde mais toutes ne pourront pas
monter sur le podium. Les filles apprennent d'abord à s'aimer»,
affirme Gisèle, qui a repris récemment des cours
pour terminer ses études secondaires.
Aujourd'hui, le
projet socio-éducatif de Tony touche près de 600
familles et fait l'orgueil de la Cité de Dieu où
un premier défilé de mode a eu lieu juste avant
le carnaval. Les vêtements étaient prêtés
par des stylistes et les mannequins, Gisèle en tête,
tous de la communauté.
La petite Flavia
de 13 ans confirme: «Je suis ce cours pour apprendre plus
de choses, devenir plus évoluée et être plus
chic. Maintenant, je prends soin de mes cheveux. Avant, j'étais
plus grosse aussi. Maintenant, je ne mange plus n'importe quoi!
Je vais encore maigrir!».
Longue et fine,
Lorrana, 14 ans, se détache du lot et n'a pas de doutes:
elle sera mannequin. «Je veux devenir quelqu'un. Avant je
restais à la maison sans rien faire. Mon rêve va
devenir réalité», dit-elle sans sourciller.
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