26/12/06 - Après la réélection
de Lula en octobre au Brésil, le chanteur est reconduit
dans ses fonctions de ministre.
Il y a quatre ans, sa nomination par Lula au poste de ministre
de la Culture, et sa décision de poursuivre de front
sa carrière, avaient fait grincer des dents. Mais, dans
la fonction, Gilberto Gil, icône de la contre-culture
et de la musique populaire brésilienne, second Noir gratifié
d'un portefeuille après Pelé, s'en sort «mieux»
qu'il ne l'imaginait, confie-t-il au mensuel Caros Amigos. Ajoutant
: «Je craignais de ne pas arriver à me lever tôt.»
Nouvelle
approche. Fort de son prestige, il s'est fait l'ambassadeur
de la culture de son pays et s'est engagé, aux côtés
de la France et de l'Espagne, pour la signature de la convention
sur la diversité culturelle.
A
l'intérieur, «il fait une bonne gestion, malgré
un maigre budget», résume Marcos Augusto Gonçalves,
chef du service culture du journal Folha de São Paulo.
«Une révolution», dit, quant à lui,
sans aucun sens critique, Juca Ferreira, numéro 2 et
homme fort du ministère, qui explique : «Nous avons
élargi le concept de culture, qui ne se limite plus à
l'art, encore moins à l'art consacré, mais englobe
aussi la production de valeurs, de comportements, de savoirs
et même les jeux électroniques.»
Cette
nouvelle approche a par exemple mis fin à la marginalisation
de la capoeira, art martial créé par les esclaves
et répandu dans plus de cent pays, mais seulement aujourd'hui
en voie d'être reconnue au Brésil comme manifestation
culturelle.
«Autre
changement, poursuit Ferreira, les politiques de démocratisation
de la culture.» La principale, dite Culture vivante, consiste
à doter de moyens de production (caméras digitales,
ordinateurs) et de fonds des associations situées dans
les favelas, ou encore les tribus indiennes. Près de
1000, sur les 200 000 estimées dans les milieux populaires,
font déjà partie du programme.
A
cela s'ajoutent la redistribution, encore timide, des subventions
publiques à la culture jusqu'alors presque exclusivement
concentrées sur São Paulo et Rio , le financement
des films à petit budget et la politique d'incitation
à la lecture. Gilberto Gil a accéléré
aussi la restauration des musées, en piètre état.
Mais
il a également essuyé des revers. Il a dû
retirer son projet de régulation de l'audiovisuel, taxé
de «dirigiste». Le texte prévoyait un droit
de regard de l'Etat sur la programmation des télés
et une mesure antitrust qui menaçait les intérêts
de la puissante chaîne Globo. Le ministre n'a pas non
plus achevé la réforme de la loi offrant des exemptions
fiscales aux entreprises finançant des projets culturels.
Ces
exemptions profitent parfois à des programmes qui n'en
ont pas besoin et qui sont de surcroît choisis par les
sociétés. Gil avait parlé de les soumettre
à des critères établis par l'Etat, «mais
Lula n'a pas voulu affronter l'establishment culturel»,
note Gonçalves. Un décret signé en avril
stipule que les projets doivent être «accessibles»
à la population pour bénéficier du mécanisme,
mais il est jugé insuffisant.
Resté
en poste malgré les affaires qui ont secoué le
gouvernement de Lula, Gil s'apprête à entamer un
second mandat avec le président, réélu
en octobre. Selon Juca Ferreira, il a accepté l'offre
du leader de gauche, décision qui n'a pas encore été
rendue publique.
La
classe artistique, qui a remisé ses critiques après
la hausse des subventions à la culture, réclamait
également son maintien. «Elle craignait une dérive
dirigiste si Lula décidait de nommer à la place
de Gil un membre de son parti», note Gonçalves.
Réformes.
Pour son deuxième acte, Gilberto Gil réclame une
hausse du budget du ministère, qui a triplé depuis
2003 mais reste insuffisant. Parmi ses priorités : étendre
le programme Culture vivante et renforcer la télévision
publique. Il tentera aussi de remettre sur le tapis les réformes
avortées et souhaite discuter de l'assouplissement des
droits d'auteur, qu'il est l'un des rares chanteurs brésiliens
à défendre. Le ministre a d'ores et déjà
autorisé l'accès gratuit à certaines de
ses chansons.
Par
Chantal RAYES
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