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Avoir
16 ans… à Salvador de Bahia |

17/07/07
- Taiana Silva habite à Salvador de Bahia, l’une
des villes brésiliennes les plus influencées
par la culture africaine.
Dans
cette cité de plus de trois millions d’habitants,
située au bord d’une baie (d’où
le nom Bahia), l’adolescente nous fait découvrir
son pays.
Par Debora Pinheiro
Taiana,
présente-nous ton pays.
C’est un pays énorme où il y a des paysages
à couper le souffle et un peuple de battants! Au
Brésil, il y a une grande diversité de cultures,
de physiques, voire de climats. Ici à Bahia, par
exemple, on voit beaucoup de Noirs, et il fait chaud. Dans
le sud du pays, c’est tout autre chose: on rencontre
beaucoup plus de blonds aux yeux pâles, et il neige
parfois. Malgré ces différences, nous nous
sentons tous Brésiliens et nous avons en commun une
grande joie de vivre, le goût de la fête et
une bonne dose de détermination.
Quels
mets typiques préfères-tu?
Je craque pour la lasagne, mais je ne peux pas me passer
de la nourriture typique de Bahia, préparée
avec l’huile de dendê. Cette huile de palme
rouge orangé est utilisée pour faire cuire
l’acarajé, un beignet à base de haricots
blancs. On mange ces beignes accompagnés de crevettes,
d’une sauce à base de yucca et de poisson,
et d’un peu de légumes et de piment. On peut
prendre une cocada (une galette faite de noix de coco et
de sucre) en guise de dessert. C’est délicieux!
Décris-nous ton quotidien.
Je vais à l’école le matin; ensuite,
je consacre mon temps libre au candomblé, une religion
afro-brésilienne (voir l’encadré). En
ce moment, je suis en période d’initiation;
c’est pourquoi je porte des vêtements blancs.
Je dois aussi participer à une série de rituels
pendant trois mois.
Ton
école est-elle mixte?
Oui, comme la plupart des écoles brésiliennes.
L’amitié entre les filles et les garçons
n’est pas taboue chez nous.
As-tu
beaucoup d’amis?
J’ai de bonnes amies dans mon voisinage — le
fait que je n’ai que des filles comme amies est un
pur hasard!
As-tu
un amoureux?
Non! À vrai dire, ça me fait un peu peur.
J’avoue que je suis un peu timide avec les garçons.
Mais le fait d’être amoureux inspire plus les
gens, apparemment...
Généralement,
les filles brésiliennes rêvent-elles de se
marier, de faire carrière, d’avoir des enfants?
Certaines
accordent plus d’importance au travail, d’autres
ne veulent que plaire aux garçons, et il y en a qui
réussissent à trouver un bon équilibre
entre leur vie amoureuse et leur vie professionnelle. Une
chose est sûre: au Brésil, quand on est jeune,
on assume des responsabilités. À 16 ans, on
peut participer à l’élection du président!
Et
toi, de quoi rêves-tu?
Je ne rêve pas nécessairement de me marier,
mais je veux mener une carrière, vivre dans une maison
et avoir des enfants.
Travailles-tu?
Non, mais je compte obtenir un diplôme en radiologie
et travailler dans ce domaine d’ici cinq ans.
À
quelle heure dois-tu être à la maison?
Il faut toujours que je m’arrange pour y être
avant 22 h. Mais pendant mon initiation au candomblé,
je dois toujours rentrer avant 18 h.
Quelles
sont tes activités préférées?
J’adore aller à la plage et cuisiner. J’aime
beaucoup aussi me promener dans le vieux Salvador de Bahia.
À Pelourinho, il y a toujours des fêtes, des
concerts et des événements culturels. De plus,
on y trouve de très beaux monuments chargés
d’histoire.
Si
tu recevais une amie d’un autre pays, quels sont les
endroits où tu l’amènerais?
Je commencerais par l’Édifice Lacerda. C’est
un ascenseur immense qui peut accueillir jusqu’à
128 personnes. Il relie la ville haute et la ville basse.
On prend l’ascenseur Lacerda pour aller dans le vieux
Salvador de Bahia, la ville basse, devant le Mercado Modelo.
Dans ce marché, il y a des souvenirs et de beaux
produits artisanaux. Mais il évoque une époque
triste: ce lieu était, à l’origine,
un immense poste de douane, où arrivaient les esclaves
arrachés à leur Afrique natale. On a fait
de ses caves un lieu commémoratif pour qu’on
n’oublie pas, en faisant les magasins, ce qui a eu
lieu avant que l’esclavage soit interdit au Brésil.
Est-il
vrai que Bahia est le berceau de la capoeira?
Oui, car cette région était le principal point
d’arrivée de nos ancêtres africains.
C’est un autre héritage de l’esclavage.
La
capoeira est-elle un art martial ou une danse?
Les deux! C’est un art martial; certains coups sont
potentiellement mortels. On peut pratiquer la capoeira ou
en faire une démonstration. Il y a souvent des présentations
de capoeira dans les rues de Pelourinho. C’est très
joyeux et très rythmé, car les démonstrations
de cet art martial se font sur des airs joués par
des instruments de musique typiquement brésiliens.
Joues-tu
d’un instrument de musique?
Oui, je joue du tam-tam. J’en ai un qui est énorme!
Et
quel genre de musique aimes-tu écouter?
Absolument tous les genres! Outre certains compositeurs
de ma région, j’aime bien la chanteuse Beyoncé.
Connais-tu
le Canada?
J’avoue que je sais très peu de choses au sujet
du Canada, mais j’ai l’impression que les filles
canadiennes ont un mode de vie très semblable à
celui des Américaines. J’espère avoir
l’occasion d’en savoir plus sur ce pays!
Qu’est-ce
qui te préoccupe le plus en ce moment?
Nous ne nous donnons pas de bonnes conditions pour bien
vivre. Je vois beaucoup de filles de mon âge qui ont
une grossesse non désirée et qui consomment
des drogues. J’ai souvent l’impression que les
gens s’abandonnent au désespoir. Alors, le
chômage et la famine ne font qu’augmenter, et
les préjugés persistent.
Penses-tu
que les gens te regardent de travers à cause de ta
religion?
On a beau me qualifier de sorcière, ça ne
m’affecte pas! À vrai dire, ça me fait
plutôt rigoler, car je sais que ma religion ne m’empêche
pas de respecter les autres, de faire ce que j’ai
à faire et de m’amuser librement.
POUR
EN SAVOIR DAVANTAGE
Le
candomblé
Selon le candomblé, il existe une âme propre
à la nature. Chaque dieu est associé à
un élément naturel — la mer, les rivières,
la forêt, le feu, l’éclair… S’inspirant
de multiples croyances africaines, le candomblé a
été introduit au Brésil par des esclaves
issus de la traite des Noirs, qui a eu lieu de 1549 à
1888.
Salvador
de Bahia en résumé
Troisième ville du Brésil (2 673 560 habitants,
selon le recensement effectué en 2005), Salvador
de Bahia abrite le plus grand nombre de descendants africains
dans le monde. Capitale de l’État de Bahia,
elle a également été la première
capitale du Brésil. Aujourd’hui, Salvador de
Bahia joue un rôle fondamental dans l’économie
brésilienne, car elle est à la fois un port,
un centre industriel et une ville touristique. De plus,
elle possède de nombreuses universités et
une base navale. Enfin, Salvador de Bahia figure dans le
Livre Guinness des records, car elle détient le titre
de la ville ayant le plus grand carnaval de rues du monde.
SAVAIS-TU?
Population:
3,3 millions d’habitants dans la grande Salvador de
Bahia
Monnaie: le réal (R)
Langues parlées: le portugais est la langue officielle;
l’anglais et l’espagnol sont enseignés
dans les écoles. Seule une infime minorité
de la population parle le français.
Meilleures périodes pour visiter: de septembre à
mai. Salvador de Bahia reçoit souvent des pluies
très fortes et intermittentes en juin, en juillet
et en août.
Renseignements: fr.wikipedia.org/wiki/Salvador
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