Des
cultures durables
pour les agriculteurs du Sertão brésilien
|
31/08/06 - Dans la région semi-aride du Nordeste du Brésil,
des agronomes du Cirad ont conçu une dizaine d’indicateurs
de durabilité des systèmes de production, en collaboration
avec les agriculteurs
Résultat
: comprenant mieux le fonctionnement de leur agro-système,
ces derniers ont pu adapter leurs pratiques.
Le
Sertão constitue l’arrière-pays de la région
Nordeste. Région semi-aride, c’est également
une zone traditionnelle d’élevage extensif. Or, Il
y a trente ans, la croissance démographique diminue la
disponibilité en terre et rend nécessaire l’intensification
des systèmes de production. L’Etat promeut alors
la révolution verte. Mais, en raison de la difficulté
à prendre en compte les risques climatique et donc économique,
cette action échoue.
Pour
y faire face, une modernisation contrôlée, qualifiée
d’agroécologique, a été mise en place
depuis une dizaine d’années. Elle repose sur l’hypothèse
qu’il est possible d’augmenter la productivité
des systèmes en modifiant les pratiques agricoles. L’idée
est notamment de mieux valoriser les ressources en eau, sol ou
biodiversité disponibles pour produire davantage de biomasse.
Il s’agit également de mieux gérer cette dernière
afin de garantir à la fois l’alimentation d’un
troupeau plus important et la restitution des éléments
minéraux et organiques aux sols et aux cultures.
Aujourd’hui, la mesure de l’efficacité de ces
nouvelles pratiques se pose. Quels indicateurs retenir dans une
perspective de développement durable ?
Afin
de répondre à cette question, les chercheurs du
Cirad et de l'Embrapa ont proposé une méthodologie
de construction d’indicateurs d’évaluation
de la durabilité des systèmes de production. Elle
comporte trois étapes : la mise en place d’un cadre
conceptuel, l’enrichissement de ce cadre par des enquêtes
sur le terrain et la confrontation des indicateurs avec ceux proposés
par les agriculteurs afin de garantir la pertinence des indicateurs.
Les
deux premières étapes aboutissent à une liste
de huit indicateurs : l’évolution de la surface de
végétation native, le bilan minéral, les
recettes et coûts de production, le bilan fourrager, la
part du bilan fourrager issue des ressources externes à
l’exploitation, l’évolution de l’effectif
animal, celle des surfaces de sécurité et la diversification
des sources de revenu agricole. Ils sont issus d'un cadre conceptuel
reposant sur trois hypothèses. En premier lieu, la caractérisation
des espaces de production et des flux de biomasse existant au
sein de l’exploitation permet de comprendre et d'évaluer
la stratégie de production de l’agriculteur. Les
pratiques agricoles ont en outre, pour objectif, de produire et
de gérer les flux de biomasse. Ces flux font passer le
niveau des ressources de l’exploitation d’un état
initial en début de campagne agricole à un état
final en fin de campagne. Par exemple, la récolte d’une
culture fourragère se traduit par une diminution du stock
d’éléments minéraux de la parcelle
en fin de campagne et une augmentation de l’offre fourragère
à l’échelle de l’exploitation. Ces évolutions
sont quantifiables et peuvent se traduire par un bilan. Les indicateurs
correspondent ainsi à des bilans, en fin de campagne, de
l’état des ressources de l’exploitation.
Par
la suite, les chercheurs interrogent les agriculteurs. Pour ces
derniers, une exploitation est durable si elle permet de nourrir
famille et troupeau. Il leur est par ailleurs difficile d’identifier
les problèmes au sein de leur exploitation. En général,
ils font reposer ces problèmes sur les seules conditions
climatiques. Ils peinent également à hiérarchiser
des critères se trouvant, en réalité, en
interrelation et constituant souvent des façons différentes
de qualifier une même point. Les critères établis
par les agriculteurs, tels que l’obtention d’une plus
grande quantité de terre, l’amélioration des
bénéfices ou l’augmentation de l’effectif
du troupeau, appartiennent bien à la liste pré-établie.
Ils rendent compte, par ailleurs, d’aspects qui ne sont
pas illustrés par la liste de critères, tels que
les contraintes de travail, suggérant d’intégrer
dans l’analyse le bilan de la ressource « main d’œuvre
».
Une
telle démarche permet à l’agriculteur de comprendre
le fonctionnement de son agro-système en plaçant
ses critères de durabilité dans une grille faisant
apparaître les flux de biomasse et le bilan des ressources.
Elle lui permet alors de hiérarchiser ses problèmes
et d’identifier les véritables difficultés
auxquelles il est confronté. Les indicateurs ont été
appliqués à une dizaine d’exploitations. Les
résultats amènent notamment les agriculteurs à
repenser les équilibres entre l’offre et la demande
fourragère. Ils les poussent également à
réfléchir à des modes de diversification
de l’offre. Le cadre d’analyse constitue bien un support
à la réflexion des agriculteurs sur leurs pratiques
et les possibilités de les modifier.
Cette
étude a déjà contribué à une
adaptation des pratiques au sein du réseau d’agriculteurs
qui y ont pris part. Reste à valider les indicateurs de
durabilité en tenant compte de paramètres qui y
ont fait défaut : la ressource main d’œuvre,
qui constitue un facteur de production important, ainsi que les
flux des ressources en eau.
[
Contact ] Nadine Andrieu, nadine.andrieu@cirad.fr
Upr Innovations et dynamiques des exploitations agricoles
Jean-Philippe
Tonneau, jean-philippe.tonneau@cirad.fr
Upr Systèmes d'information et développement territorial
(Siter)
Alto
da página
|